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Communiqué | Pour diffusion immédiate

La Galerie Bernard est fière de vous présenter, du 16 mai au 23 juin 2018, l’exposition TRACER LE BOIS des artistes Yannick De Serre et Suzanne Lafrance, artiste invitée.  L’exposition nous fait découvrir deux pratiques distinctes sur papier, l’une abstraite, l’autre figurative. Réunies dans une réflexion sur la signification et les impacts de l’événement circonstanciel sur notre corps et notre pensée, leurs œuvres inédites suggèrent une exploration intime des fondements de l’expérience humaine.

L’événement est représenté allégoriquement par des illusions de bois chez Lafrance, tandis que De Serre utilise le paysage. La matière du bois devient aussi la métaphore du corps vivant, qui réagit à son environnement et qui est marqué de traces sensibles. Cette «chair-écorce» révèle la vulnérabilité et la résilience d’une vie en constante évolution.

Évocateurs et figuratifs, les dessins au fusain et collages sur papier de Suzanne Lafrance représentent les mécanismes de la pensée en devenir, grâce à la représentation du corps et de visages d’enfants. L’artiste s’intéresse à l’instant pré-philosophique de la pensée à travers la figure de l’enfant dont l’étymologie signifie «qui ne parle pas». Elle trace les éventuelles et subjectives phases de la pensée en réaction à l’événement et comment celui-ci peut envelopper, stimuler tragiquement ou positivement le corps, le regard ainsi que le langage. Trois séries complémentaires de dessins racontent ces phases : les dessins de l’événement et de l’impensé (le passé), les dessins du devenir (le présent) et les dessins de la transparence (le futur). Suzanne Lafrance s’inspire du philosophe Gilles Deleuze et de sa conception de la pensée comme l’expression d`un visage effrayé : celui-ci «ne ressemble pas à la chose terrifiante, il l’implique, il l’enveloppe comme quelque chose d’autre.»1

Les monotypes de Yannick De Serre suggèrent la déconstruction et la dé-contextualisation du paysage comme vecteurs sensibles des traces de l’événement. Par des procédés propres à l’estampe et à l’embossage du papier, il isole les éléments figuratifs du paysage (la ligne d’horizon, les arbres, les végétaux) pour représenter l’impensé, ce qui est hors du temps. Dans ses œuvres, des paysages implosifs, répétitifs et mystifiés sont incarnés d’une affectivité, d’un passé effectif. Ces paysages abstraits possèdent un caractère évolutif. En acidifiant certaines parties du papier, l’œuvre sera amenée à changer. Elle s’adaptera aléatoirement aux temps-événements et ses teintes se renouvelleront.

Dans TRACER LE BOIS, l’évènement est envisagé comme une force génératrice et créatrice qui traverse et transforme l’Homme, à tous les égards. La finesse qui se reflète dans les techniques des artistes, permet aux sujets des œuvres de flotter dans des espaces intemporels et impersonnels. Ils mettent ainsi l’emphase sur notre expérience complexe, délicate et poétique de ces instants pré-philosophiques indicibles.

«Nous sommes comme des dessins : des jaillissements sur les feuilles blanches du monde.» – Suzanne Lafrance

[1] Gilles Deleuze, «Michel Tournier et le monde sans autrui», dans Logique du Sens, éd. de Minuit, pp. 356-357